samedi 9 août 2008

LAKE TAHOE

Réalisateur : Fernando Eimbecke

Garage land ...

C’est toujours un bonheur de découvrir un nouveau cinéaste, un électron libre créatif en marge des faiseurs de téléfilms ou des esclaves de l'impitoyable mécanique hollywoodienne : ici, pas besoin d’esbroufe ou d’effets pétaradants pour masquer la vacuité du propos …

L’intrigue en mosaïque est simple, on fleure l’autobiographie : dans un port du Yucatan au Mexique, Juan un adolescent de 16 ans, vient de planter la voiture familiale dans un poteau, sur une petite route éloignée du centre ... Et dans ce décor de ville fantôme, écrasé de soleil, on assiste à un balai d'allers et retours incessants dans les mêmes lieux: on pense alors vaguement à Jarmush et ses plongées dans le bayou louisanais : le paysage urbain est au service de l’histoire et de ses pistes, en errance : chaque plan est soigné comme un tableau et respire au-delà des personnages, la direction photo est impeccable …

Le visage impavide, sans rechigner, notre héros se colle à réparer sa bêtise et à donner de lui même dans une tension palpable où le tragi-comique n’est jamais loin, servi par une galerie de personnages insolites et touchants : un vieux garagiste bougon affublé d'un boxer nommé Sica, une jolie punkette avec un mioche sur les bras qui lui fait du gringue, un jeune mécano féru de kung-fu voulant lui enseigner la voie des moines shaolin ...

On devinera peu à peu les raisons du "pétage de plombs" de la maman, la demande permanente d'attention du petit frère quand il daigne rentrer chez lui, en intermittence: l’utilisation intelligente de la bande son dans les fondus en black-out, soulignant à la manière d'un diaporama la vie intérieure, pétrie d’attente et d’ennui ... Il y a peu de dialogues mais ils frappent juste, et les nombreux silences font ressurgir la densité des personnages et leur fils émotifs …

On est à des années lumières des blockbusters estivaux voulant étancher notre soif de violence et de sang: c’ est une œuvre intimiste où l'on y goute l’or de l’ordinaire, la pulsation de la vraie vie …

vu le 16 juillet

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