jeudi 7 août 2008

LET'S GET LOST

Réalisateur : Bruce Weber

Cool Jazz …

Il n’y avait pas beaucoup de monde au soir de la sortie de ce film majeur, égaré dans les limbes pendant près de 20 ans et remasterisé pour l’occasion, profitant pourtant d'une aura de légende et d’un bon timing ... C'est dire tout le travail qu’il reste à faire pour que certains relais passent d’une génération à une autre, plus massivement que la philosophia perennis d' Aldous Huxley

Gueule d’ange à la beauté du diable, son attitude, son look et surtout son jeu en ont fait une icône absolue du jazz, tiraillé entre une communauté blanche sur la fin de son age d'or et le respect que lui vouaient les plus grands musiciens afro-américains : sa feuille de route parle d’elle même : ses débuts avec Charlie Parker ou Gerry Mulligan , son statut de meilleur interprète en lice avec Nat King Cole, sans oublier les ors d’ Hollywood : du lourd et ce malgré les errances,les coups durs et les longs passages à vides …

Bruce Weber, jeune photographe de mode à l'époque, décline sur pellicule et en noir et blanc son amitié spirituelle avec le vieil iguane émacié : on ne s’y trompe pas et l’image, certes classique, a du grain et de l’âme … Les cheveux au vent, entouré de jolies femmes comme toujours, à l’arrière d’une belle décapotable américaine , le sorcier se livre et se raconte de sa voix douce et désabusée ...

Il le laisse déambuler à sa guise comme un chat, évitant les gaucheries que pourraient susciter l'admiration:son regard n’est donc jamais complaisant, ses cameo sont rares, mêlant images d'archives,entrevues avec ses pairs, ses amis, sa famille, pour craqueler les oripeaux romantiques et nous offrir un portrait saisissant et pétri de contradictions : manipulateur,voyou, père absent, junky retors, tout y passe ... mais cette voix, ce flow unique crève l'écran dans des moments de grâce en studio judicieusement filmés en gros plans, de profil ...

Un vent de légèreté souffle sur les moments quotidiens pris sur le vif:on sort souvent du huis clos pour "parler de tout" comme aime à le dire Godard à l'instar de ses instants volés pendant le festival de Cannes Chet Baker semble flotter au-dessus des contingences tout en étant irrité par ce public mondain et si peu féru de jazz ...

Quand un grand musicien rencontre le 7ème art, sans l'ostentation rigide de Scorcese avec Les Rolling Stones pour ne nommer que celui-là, c'est un peu comme la mémoire du monde qui est soulagée ...
Let's get lost … déjà culte … et à redécouvrir encore et encore ...

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