Réalisateur: Ari Folman
VOYAGE EN AMNÉSIE MINEURE
Il y a des films qui vous laissent un goût étrange, et dont la résonance est tenace: je ne fus pas le seul à rester interdit, en silence, sur les quais de Seine,après la projection…
À ce titre déjà, le réalisateur Ari Folman a magnifiquement réussi son coup : à l’heure où sont fêtés en grande pompe les 60 ans d’Israël, il nous offre sous la forme d’un docu-fiction hybride, un regard personnel, complexe et jamais partisan sur la guerre du Liban, choisissant le dessin animé comme support de sa vision: le trait est moderne, réaliste, crépusculaire, le montage haletant bien appuyé par une bande son impeccable.
Scène d’ouverture forte : une meute de chiens enragés, écumants, saccagent tout sur leur passage et se postent devant un immeuble prêts à mettre en morceaux un ami de l’auteur qui le convoque en pleine nuit pour un entretien : ce cauchemar qui ne le quitte plus sera le détonateur d’un voyage en amnésie …
Blessures intimes, jeunesse volée, immersion dans la violence pure, le spectre de la mort derrière son épaule,
il fera le tour de ses camarades pour reconstituer la mosaïque et ainsi traverser le brouillard, glanant au passage des questions essentielles : après l’enfer de la Shoah,comment peut-on glisser insidieusement de victime à bourreau ? Quels mécanismes traumatiques arrivent à couler comme une chape de ciment sur nos souvenirs ?
Depuis son passage remarqué à Cannes, la rumeur va bon train: prenez le donc en marche,dans une salle intimiste;
Et sans vous donner le «punch», les images de clôture sont tout bonnement un «uppercut» …
vu le 29 juin 2008
samedi 26 juillet 2008
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